Banlieues Olivier Todd
Propos recueillis en avril 2002, suite au choc Le Pen
Emmanuel Todd : Pointer le fait que les maghrébins sont surreprésentés dans les chiffres de la délinquance, c’est soulever un truisme : cela est vrai de tous les immigrés à toutes les époques, parce que le déracinement produit toujours des pathologies sociales. Les Italiens, dans les années 20, avaient un taux d’homicide bien supérieur à celui des Maghrébins d’aujourd’hui, beaucoup mieux socialisés à la non-violence de la société européenne actuelle…
Quand je traverse, dans de plus en plus de régions françaises, la paix de centres-villes déserts offerts à des retraités proprets, je me sens dans la perfection d’un univers en sous-fécondité ! Alors je pense au 93, à la Seine-Saint-Denis, avec son désordre, ses gosses de couleurs mélangées si mal élevés. Et je me dis que si la France survit en 2050, ce sera grâce au 93 et non à ces villes de province moribondes emplies de vieillards. Ce que nous percevons comme des phénomènes de désorganisation, de souffrance et de régression sont en fait les véritables manifestations de la vie ; des lieux sans problèmes viendra la mort de la société française.
Emmanuel Todd, anthropologue