Du rêve pour les oufs : Faïza Guène
De Faïza Guène (2006)
P 21
« J’envie les enfants de cette maison. C’est beau comme ils sont entourés d’amour et de chaleur, cette famille est un vrai poème. Tantie Mariatou, la mère dans toute sa splendeur, a volé la douceur à son essence, on croirait qu’elle a arraché au cotonnier ce qu’il a de meilleur pour couver ses petits. Je suis chaque fois fascinée de la voir les éduquer fermement tout en les baignant dans le miel. Quand je parle d’elle je m’enflamme un peu, c’est vrai, mais cette femme est ce que je voudrais devenir un jour. Elle est pour moi un modèle, à la fois de femme, de mère et d’épouse. Tantie est très belle, ses lèvres sont charnues, ses hanches larges et sa cambrure en ont fait rêver plus d’un au village à l’époque. Bien qu’assez rebondie, elle possède quelque chose de très naturel qui rend sa démarche aussi légère que celle de l’antilope.
Avec son mari, Papa Demba, ils ont fait quatre beaux enfants qui se suivent et se ressemblent comme des poupées russes…………………
P 33
Je me souviens. C’est arrivé très tôt le matin, il travaillait sur le chantier et il tenait en équilibre là-haut, comme il a tenu toute sa vie en équilibre.
Seulement, ce jour-là, il manquait un casque. Papa a donné le sien à Fernandes – celui qui ne picole pas – parce qu’il se baladait sous les poutres et papa estimait que c’était dangereux. Comme je le connais, le Patron a du se dire : « Moi, je suis là-haut, je ne risque pas que quelque chose me tombe sur la tête sauf la foudre peut-être. »
Personne ne sait pourquoi il est tombé de cette putain de poutrelle. Tous les gars ont cru qu’il y serait resté parce que la chute était impressionnante. La vérité, c ‘est que le corps n’avait rien de bien méchant, deux ou trois côtes cassées et une entorse ridicule à la cheville.
Seulement, en basculant, la tête a heurté la solive et à cause du choc, maintenant ça ne tourne plus rond. »