Yserhouck
YSERHOUCK
Devant ma fenêtre, si je gommais lignes et fils à haute tension électrique, la voie ferrée du TGV en surplomb (mais le faut-il ? On peut en débattre. A quelque mille mètres de nos murs, le vacarme devient ronron, la bête de fer et de feu, monstre grisant des temps modernes, est un jouet, petit train électrique qui enchanta notre enfance), si je cachais avec un rideau de frênes ces blocs de béton agricole et si j’effaçais aussi ces hommes habillés d’un fusil et leur chien fou d’avoir quitté la cage, pour les redessiner aussitôt sous un drap dans leur plus simple appareil en belle et pacifique compagnie, je suis locataire d’ un paysage enviable par quantités de gens en boîte ou en lotissement de douze ou de cent.
Je respire et l’air me semble délectable, assez loin des hauts fours délétères : profondeurs de champs au repos, terre brune et restes de maïs ensoleillés ; gros saules têtards s’aventurant hors de la mare, frênes frémissants, chênes encore chevelus, aubépine couronnée de baies, à perte de vue ; villages si sereins qu’on leur donnerait le bon dieu sans confession, clochers qui interpellent les cieux ; fermes éparses comme autant de grappes de vie, vernissées et vieillies par les ans ; et sur la ligne d’horizon, entre ciel et argile, un doux mamelon boisé et aussi une excroissance pâle, le château d’eau de Merckeghem et sa ligne à haute tension, témoins sans âme de la modernité, cordons de transmission de la menaçante énergie nucléaire, imposée sans éclairages objectifs et contradictoires sur les risques encourus, sur l’avenir des déchets...Messieurs les décideurs, vous nous devez un peu de lumière...
MD