Dimanche
« Cette ride - la ride des larmes - je jure que je l'ai vue sur le visage amaigri de Mme Eysette… »
Alphonse Daudet (le Petit Chose)
« Il n'y avait plus sur la mer, où la tempête avait labouré, que de longues rides régulières qui se déployaient en éventail. »
Antoine de Saint-Exupéry
Dimanche
J’hésite… je me tâte... Par la fenêtre close, le vent glacial mugit à grands coups de cornes dissonantes, souffle à une vitesse qui fait tordre de douleur les arbres, gros êtres bourrus et inconsistants devenus polichinelles entre ses battoirs tentaculaires. Le fourbe cherche à s’immiscer par tous les trous de serrure, à forcer les portes tel un bandit de grand chemin. Irai-je ou n’irai-je pas ? Affronterai-je cet élément si hostile, ce monstre volatil et pénétrant ? Ici, à l’abri des murs protecteurs, un délicieux bien-être m’inonde. Le chat ronronne sur la chaise. Son œil unique est de velours, l’autre, diaphane, est une perle. Le café fume et répand un parfum suave. Des paroles de paix, légères et veloutées circulent à l’air libre. Un livre là-bas, ailes ouvertes, sommeille. D’avant la nuit, une phrase papillonne dans ma tête : « Une vie comme une sonate, ne vaut pas tant par sa durée que par sa beauté et son harmonie »*. M’installer dans le fauteuil, m’y mouler comme un corps d’albâtre, me retirer dans ma cellule solaire et reprendre le fil précieux, captivant de l’ouvrage, douce dérive sur le courant des mots. Jeter un œil détaché par la vitre ou…
Franchir le seuil, braver l’ennemi et me jeter à l’eau. C’est si agréable la caresse de cet élément apprivoisé sur la peau. Evoluer comme un poisson dans l’eau.
* Jean Salem : « le bonheur ou l’art d’être heureux par gros temps »
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