vive la vie nomade (5)
Dans tes veines battantes, o Toulouse, se déchaînent des torrents de musique. Ici, dans la pénombre d’un bar, une plainte de raï étreint, déchire l’air embaumé et nous poursuit au fond du ventre chaud des ruelles jusqu'à la belle rue Saint-Rome. Plus loin une saxophoniste, au minois séraphin, assise contre la vitrine d’un magasin d’antiquités, joue un air intemporel. Elle implore en soufflant quelques centimes et son chien, en crescendos loufoques pleure avec elle. Soudain la musique s’arrête sur un final époustouflant. Elle regarde et sourit à la ronde, revient sur terre. Son chien à ses pieds ne gémit plus. Dans son aumônière fanée, la petite monnaie roule…C’est toute sa fortune. O ton païs ! O Toulouse !
De nos ailes du désir, avec notre soif ardente de connaître et de ressentir, nous flânons, musardons longtemps sous la délicieuse lumière du jour. Et de temps en temps, pour nous griser encore , nous nous posons sur un banc dans un square ombragé, peuplé d’arbres impériaux et d’imposantes statues aux formes insolites, vibrant de créatures chamarrées et volubiles, de volatiles effrontés et d’enfants délurés folâtrant dans l’herbe tendre et rase. Des jets d’eau et d’étincelles au pied d’un donjon orphelin, de pierres ocres, rafraîchissent et complètent le tableau qu’aurait pu représenter l’éblouissant Chagall dans une période rose…